(A.P.Hawzah) L’une des grandes prescriptions de l’Islam est le respect du dépôt confié et de la fidélité envers celui-ci. Le Noble Coran déclare à ce sujet dans la sourate An-Nisâ’ (4), verset 58 :
إِنَّ اللَّهَ یَأْمُرُکُمْ أَنْ تُؤَدُّوا الْأَمَانَاتِ إِلَیٰ أَهْلِهَا
Certes, Dieu vous ordonne de restituer les dépôts à leurs ayants droit
La notion de dépôt peut être envisagée sous deux angles :
d’une part, les dépôts matériels et sociaux que les hommes se confient mutuellement ; d’autre part, les dépôts spirituels que Dieu le Très-Haut a placés entre les mains de l’être humain. Ces deux catégories occupent une place éminente dans la pensée islamique.
Les dépôts spirituels
Allah le Très-Haut dans le Coran, la sourate Al-Ahzab (33), le verset 72 dit :
إِنَّا عَرَضْنَا الْأَمَانَةَ عَلَی السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ وَالْجِبَالِ فَأَبَیْنَ أَنْ یَحْمِلْنَهَا وَأَشْفَقْنَ مِنْهَا وَحَمَلَهَا الْإِنْسَانُ إِنَّهُ کَانَ ظَلُومًا جَهُولًا
Nous avions proposé le dépôt aux cieux, à la terre et aux montagnes ; ils refusèrent de le porter et en éprouvèrent de la crainte. L’homme, quant à lui, s’en chargea. Il est vraiment très injuste et très ignorant.
Ce verset semble révéler des réalités profondes concernant l’être humain, auxquelles la raison humaine n’a peut-être pas encore pleinement accédé. Toutefois, ce que l’on peut comprendre de son sens apparent est que Dieu a accordé à l’homme des facultés et des privilèges particuliers qu’aucune autre créature des cieux et de la terre ne possède. Ces privilèges constituent un dépôt divin et impliquent, de ce fait, une responsabilité.
Or, beaucoup d’hommes ont trahi ce dépôt en utilisant ces dons dans des voies contraires à la volonté divine. L’intelligence et la volonté, qui devraient servir à reconnaître la vérité et à la choisir afin de conduire l’homme vers sa perfection, sont souvent employées dans des chemins d’égarement. (Tafsîr Nûr, commentaire du verset précité)
Les exégètes ont mentionné de nombreux exemples de ce « dépôt » évoqué dans le verset : la raison, la nature primordiale (fitra), les membres du corps, la volonté, la wilâya divine, la fonction de vice-gérance de Dieu sur terre, la guidance prophétique, les obligations religieuses, la formule « Lâ ilâha illa Allâh », les secrets divins, etc.
Dans cet article, nous nous limiterons à l’un de ces dépôts divins mentionnés dans les commentaires coraniques : le corps humain et ses membres.
Les membres du corps comme dépôts divins
L’être humain doit utiliser ses organes dans la voie prescrite par Dieu le Très-Haut, car ces dépôts devront Lui être restitués, conformément au verset cité au début de cette réflexion.
L’Imam Khomeiny (qu’Allah sanctifie son âme) écrit à ce sujet dans son ouvrage Jihâd-e Akbar, p. 60 :
Si, à Dieu ne plaise, vous ne vous réformez pas et quittez ce monde avec des cœurs obscurcis, des yeux, des oreilles et une langue souillés par le péché, comment rencontrerez-vous Dieu ? Comment restituerez-vous ces dépôts divins qui vous avaient été confiés dans un état de pureté parfaite ? Ces yeux et ces oreilles qui sont à votre disposition, ces mains et cette langue placées sous votre autorité, tous ces membres et organes avec lesquels vous vivez sont des dépôts de Dieu le Très-Haut, confiés à l’homme dans la pureté et l’intégrité. Lorsqu’ils sont atteints par le péché, ils se souillent ; et s’ils sont contaminés par les interdits divins, ils se corrompent moralement. Alors, lorsque viendra le moment de restituer ces dépôts, il se peut qu’on vous demande : “Est-ce ainsi que l’on préserve un dépôt ? Est-ce dans cet état que Nous vous l’avions confié ? Le cœur que Nous vous avions donné était-il ainsi ? L’œil que Nous vous avions remis était-il dans cet état ? Les autres membres que Nous avions placés sous votre responsabilité étaient-ils aussi impurs et souillés ?” Que répondrez-vous à ces questions ? Et comment rencontrerez-vous votre Seigneur après avoir trahi Ses dépôts ?
Le témoignage des membres du corps au Jour du Jugement
Ce qui rend encore plus importante la question des membres du corps en tant que dépôts divins, c’est le fait qu’ils témoigneront contre l’homme au Jour de la Résurrection. Le Noble Coran dans la sourate An-Nur (24), le verset 24 déclare :
یَوْمَ تَشْهَدُ عَلَیْهِمْ أَلْسِنَتُهُمْ وَأَیْدِیهِمْ وَأَرْجُلُهُمْ بِمَا کَانُوا یَعْمَلُونَ
Le jour où leurs langues, leurs mains et leurs pieds témoigneront contre eux au sujet de ce qu’ils faisaient.
C’est pourquoi l’homme demandera à certains de ses propres membres pourquoi ils ont témoigné contre lui. Allah dit dans le Coran, la sourate Fussilat (41), les versets 20-21 :
حَتَّیٰ إِذَا مَا جَاءُوهَا شَهِدَ عَلَیْهِمْ سَمْعُهُمْ وَأَبْصَارُهُمْ وَجُلُودُهُمْ بِمَا کَانُوا یَعْمَلُونَ. وَقَالُوا لِجُلُودِهِمْ لِمَ شَهِدْتُمْ عَلَیْنَا ۖ قَالُوا أَنْطَقَنَا اللَّهُ الَّذِی أَنْطَقَ کُلَّ شَیْءٍ
Lorsqu’ils y parviendront, leurs oreilles, leurs yeux et leurs peaux témoigneront contre eux de ce qu’ils faisaient. Ils diront à leurs peaux : “Pourquoi avez-vous témoigné contre nous ?” Elles répondront : “C’est Dieu, Celui qui fait parler toute chose, qui nous a fait parler.”
Imaginez cette même peau que nous protégeons avec tant de soin contre le froid et la chaleur, cette peau que nous embellissons avec des crèmes et des produits cosmétiques, témoignera un jour contre nous — et cela devant le Tribunal de la Justice divine.
Ainsi, durant cette brève vie terrestre, les mains, les pieds, la langue et tous les autres membres de l’homme sont des dépôts placés entre ses mains. S’ils ne sont pas utilisés correctement, ils prendront la parole au tribunal de la justice divine et deviendront la cause de son humiliation et de sa honte devant Dieu.
Cependant, ce qui rend la réflexion encore plus profonde et étonnante, c’est la question suivante : lorsque nous disons « moi », ce « moi » n’est-il pas justement constitué de ces membres et organes ? Alors comment se fait-il que, selon les paroles du Coran, nous nous adressions à nos propres membres pour leur demander pourquoi ils ont témoigné contre nous ?
Peut-être peut-on répondre que ce qui constitue véritablement la réalité du « moi », c’est l’âme humaine ; tandis que ces membres et organes ne sont que des instruments entre les mains de cette âme.
Autrement dit — et de manière plus subtile encore — ce que je vois dans le miroir n’est pas véritablement « moi ». Car tout ce que je contemple dans le miroir parmi les organes et les membres de mon corps devra un jour témoigner contre moi.
Ce que nous voyons dans le miroir n’est en réalité que notre monture terrestre, confiée provisoirement à notre disposition comme un dépôt. Il nous appartient donc d’utiliser ce dépôt de la meilleure manière possible dans la voie des objectifs divins ; faute de quoi, il deviendra lui-même la cause de notre honte devant le Créateur par son propre témoignage.




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